Pourquoi Facebook fait la guerre aux achats de pages Facebook ?

Dans cet article, je vais démystifier l’écosystème de l’achat de pages Facebook afin que tu comprennes à quel point ce marché était juteux. Tu connais sûrement un bon nombre de sites d’actualité / buzz qui profitent de ce système tels que MinuteBuzz (intégralement social désormais), Gentside, Démotivateur, et bien d’autres.

Mark Zuckerberg avec le corps de John Cena

Dans cet article, je vais démystifier l’écosystème de l’ achat de pages Facebook afin que tu comprennes à quel point ce marché était juteux, et pourquoi c’est parti en cacahuète avec le likejacking.

Tu connais de nombreux sites qui en vivent ! Eh bien figure-toi que la plupart de ces sites utilisent les réseaux sociaux d’une manière pas très catholique mais rudement intelligente, je t’explique tout dans cet article !

En soi, acheter ou vendre des pages, poster des liens, c’est pas bien grave. Likejacker les gens, c’est le vrai mal de mon point de vue !

Ce voyage spatial et temporel nous emmène en 2008, Facebook, ça marche comment  ?

Quand j’avais 17 ans, j’ai créé mon (premier) compte Facebook, à l’époque, c’était un site beaucoup moins complexe et lucratif qu’il ne l’est actuellement.

Les contenus postés par les pages auxquelles tu t’étais abonné (e) sortaient en premier sur ton fil d’actu. Tes potes postaient et tu voyais directement sur ton feed leurs statuts.

Au fur et à mesure de l’évolution de Facebook, de nombreuses pages avec des titres « drôles » ont été créés. « Si toi aussi tu aimes le Nutella », « Franklin nous a bien niqués, il n’a pas d’chaussures » et autres « Quand le prof est absent ».

C’était une époque ou les pages étaient reines du contenu Facebook et possédaient un reach qui je pense touchait les 100 %. Une époque où on likait facilement des pages non pas pour leurs contenus, mais pour leurs titres.

C’est à cette période que furent créées de nombreuses pages que tu connais aujourd’hui. Et le point commun entre toutes ses pages, c’est que leurs fans sont pour la plupart des millennials !

Du coup, avec un reach énorme et un like basé sur le titre, il n’était pas rare de voir des pages atteindre plus de 100 000 fans en moins de 24 h (oui ça fait rêver).

C’est à cette époque, 2007 – 2011 que la plupart des grosses pages Facebook ont été crée, avec des « titres à likes ». Retiens bien cette info, parce qu’elle va avoir toute sa valeur par la suite. *

Avançons jusqu’en 2011 désormais, le reach Facebook se pète sévèrement la gueule

Je situe ça aux environ de 2011, mais c’est peut-être aux environ de 2010, je me base sur mes souvenirs, et la date en soi, n’est pas si importante, ce qui compte c’est ce qui se passe à ce moment.

Facebook a commencé à utiliser l’Edgerank, son fameux algorithme de présentation de contenus susceptibles d’intéresser le lecteur.

Que s’est-il passé à partir de là ? Les achats de pages Facebook !

Les personnes sont devenues beaucoup plus difficiles à toucher via les pages Facebook. Le like a commencé à avoir une valeur relativement importante.

Pour avoir fait pas mal de recherches, on pouvait monter à 10 centimes par fan pour des pages avec des titres ayant des attraits marketing. Imagine une page à 300 000 fans qui parle de voyage par exemple, et bien c’est 30 000 euros la page !

De nombreuses pages avec des titres racoleurs pour certaines marques ont commencé à être vendues comme base de fans et sont devenues une arme de viralité hors-norme.

Imagine-toi bien ce que tu peux faire avec ça ! On va prendre un exemple, tu vas rapidement comprendre le pouvoir de ses pages avant d’avoir un reach vraiment dégueulasse !

Tu es une grosse société qui vend des voyages, ta page Facebook est à 20 000 fans et encore, t’as dû lâcher un voyage dans un concours pour en arriver là.

On te propose une page Facebook à 30 000 euros avec 300 000 personnes qui partagent un intérêt pour les voyages. Avec 10 % de clicks sur un lien pour un voyage, et, disons 1 % de taux de conversion, tu te retrouves avec une page qui te génère environ une centaine de ventes par push de lien.

C’est quoi 30 000 euros quand tu es une grosse compagnie pour avoir une arme de marketing de ce niveau-là ? Un grain de sel dans l’océan !

Pour info d’après l’enquête du JDN“une page de la thématique finance et immobilier s’est vendu près de 300 000 euros », ça pose les règles non ?

Mais cela marche aussi pour les sites de buzz !

Tu possèdes une page où il y a 250 000 fans, qui parle de « J’aime quand le prof est absent », ça n’a aucun but marketing, aucune cible réelle, à part ceux qui aime que le prof soit absent, mais c’est dur de vendre avec un truc comme ça.

Tu publies un lien vers ton site de buzz qui poste principalement de la merde « 10 trucs de dingues que Leonardo Dicaprio a faits dans sa vie, le 10ème est fou ! ».

À cette glorieuse époque où le reach Facebook n’était, pas une blague, tu touchais facilement 25 000 personnes. Imaginons un taux de clicks de 15 à 20 %, environ 5000 personnes viennent sur ton site.

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Mais où est le but pour les sites de buzz ? Comment ça marche ?

La pub mon petit, la pub ! Imagine maintenant que tu arrives à tirer un CPM de 3 euros (3 €/1000 pages vues) sur ce site. Ton but va être de maximiser les pages vues dans tes « articles ».

C’est pour ça qu’on assiste à des contenus qui sont séparés en plusieurs pages avec genre une photo par page. Si tu arrives à faire une moyenne de 4,04 pages vues par session tu te retrouves avec 20 000 pages vues pour ton « article » que tu as posté sur Facebook.

20 000 pages vues ? À 3 € de CPM ?

60 euros pour avoir posté un lien. Mais attends ? Ça veut dire que si je spam les vaches à lait qui me servent de fans (et pas l’inverse) je peux me faire de la thune à gogo ?

Bingo !

La règle est identique quand on parle d’un réseau de plusieurs millions de fans répartis en différentes pages Facebook, avec différents sites et donc différentes cibles, afin d’optimiser les taux de click et d’engagement.

J’ai bossé pour un site comme ça. Quand j’ai compris comment ça marchait, je me suis dit : « Ils sont malins… mais quelle bande de connards. »

Histoire d’illustrer mes propos, je te montre un exemple typique de statistiques de ce genre de sites.

Statistiques Analytics
Statistiques typiques d’un site de Buzz propulsé par des pages Facebook

Comme tu peux le voir, on est sur des statistiques très simples, il n’y a vraiment personne sur le site.

  • Étape 1 : On commence à balancer des liens sur des pages Facebook pour voir l’évolution et faire les tests A/B sur la publicité, c’est le début.
  • Étape 2 : On valide les tests A/B de publicité et on optimise autant que possible les positionnements publicitaires.
  • Étape 3 : On gère la quantité de contenu à afficher sur une page, ce qui permet d’obtenir un très bon taux de rebond.
  • Étape 4 : On est prêt, on balance le contenu sur l’intégralité du réseau Facebook.
  • Étape 5 : On utilise un petit peu d’argent et on engage un team de malgache qui va être sous-payé pour écrire toujours plus de contenu et générer du pognon.

Qu’est-ce que ça donne avec des stats en restant dans l’canapé à regarder des étrangers « travailler » ?

Statistiques analytics publicitaires d'un site de Buzz
Statistiques publicitaires d’un site de Buzz

5 000 $ de début mai à début juin alors qu’on ne partait de rien. Maintenant, ce qu’il faut que tu retiennes dans l’histoire :

5 000 $ c’est chouette, mais c’est peu. 

Non, je ne suis pas un gros « richou » qui crache sur 5 000 $, je te dis juste que ce que tu vois, c’est juste Adsense ! Table plutôt sur du 38 k – 40 k € par mois avec un joli réseau de 12 000 000 de fans Facebook, de quoi avoir une belle vie hein ? Et compte environ 1 000 euros pour payer les 10 rédacteurs ! (100 €/mois/rédac)

2015 : acheter des pages Facebook ça commence à être dur, explications du « LikeJacking »…

Eh oui, il y a un moment c’est difficile de trouver des pages Facebook à acheter pour faire grossir ton réseau. C’est à ce moment ou tu as le choix de devenir une véritable merde ou de rester avec ce que tu as.

Et une véritable merde, bah c’est Buzzfil par exemple. Mais pas que, crois-moi !

Les réseaux de pages Facebook possèdent des fans par millions. Mais obtenir de nouvelles pages coûte cher et les pages commencent à se faire rares.

C’est alors que le « likejacking » est devenu une véritable mode.

Mais le « likejacking », c’est quoi ?

Le LikeJacking c’est le fait de générer un like sans quand l’utilisateur ne soit au courant. Et Buzzfil a explosé (et s’est fait exploser) grâce à ça.

Imagine que tu es sur Facebook, tranquillou sur ton feed. Tu vois un lien d’un article Buzzfil partagé par un(e) de tes amis (change d’ami).

Tu cliques sur ce lien parce qu’aujourd’hui tu étais faible. Tu te retrouves donc sur le site de Buzzfil. Une petite fenêtre modal t’indique qu’ils utilisent des cookies et que selon les lois de la CNIL tu dois être averti (e) s, blablabla. Tu fermes cette fenêtre modal et tu consultes « l’article ».

Tu t’es déjà fait niquer 🙂

La petite croix de la fenêtre modal est en fait reliée à une likebox de Facebook. On place ce bouton like au niveau de la croix de fermeture. On applique une opacité à 0 pour la boîte de like. Tu vas cliquer dessus et t’abonner à la page Facebook de Buzzfil sans le savoir.

Mais le mieux dans l’histoire, c’est qu’on va te mettre un cookie, comme ça on ne t’affichera pas la modal une deuxième fois et donc tu ne te désabonneras pas.

Une autre méthode consiste à créer un layer qui prend tout l’espace de ton écran relié au bouton like. Le moindre click même dans le vide déclenche l’activation du like button.

Enfin, la technique s’est peaufinée rejoignant des boutons de lectures vidéo, des overlays qui n’existent pas sur mobile, mais qui sont bien présents sur PC.

J’ai donc bossé pour quelqu’un qui utilisait ça. Environ 40 000 fans en une heure sur une page qui venait d’être créée.

Le but de la manœuvre ? Générer de nouveaux fans Facebook depuis des pages qui viennent d’être créées et agrandir ton réseau.

Je te vois déjà venir : “,Mais c’est complètement con, c’est les mêmes fans !? »

Je te démontre par l’exemple que cette technique pèse vraiment de « le game ».

Par exemple tu possèdes un réseau de 12 millions de fans. Tu vas faire du likejacking pour 10 nouvelles pages. Imaginons que pour chaque page tu génères 100 000 fans. Déjà ton réseau est passé à 13 millions de fans.

MAIS comme tu l’as dit plus haut, certaines pages ont des fans en commun. Après tout Leslie peut très bien aimer « Kévin des anges », « Crêpes Nutella », « Le prof est absent » et « Trucs de filles » (j’ai mis des majuscules pour le style).

C’est là qu’est le succès de cette technique. Tu te rappelles la chute du reach Facebook ?

Leslie a carrément plus de chance de tomber sur un lien en étant abonné à 10 pages à 100 000 fans que sur 1 page à 1 000 000 de fans !

Au fur et à mesure les techniques de likejacking sont devenues de plus en plus performantes.

Au point que Facebook a créé une fonctionnalité qui permet de checker le taux de conversion des likebox sur les sites. Quand les sites sont au-dessus d’un certain seuil, l’étape de like se fait en 2 fois, avec un deuxième bouton situé en dessous du premier (bien ouèj Marco) qui te demande de valider ton like.

Et les pages Facebook fusionnées dans tout ça ?

Tu te souviens en début d’article quand je t’ai dit que les pages Facebook obtenaient facilement des likes en 2008 ? (*)

Et bien c’est là qu’elles ont toutes leur importance. Plutôt que de likejacker les gens depuis notre site et passer pour des truands aux yeux de Facebook on va créer des pages à thèmes.

Ces pages, c’est les pages fusionnées. Elles vont être alimentées en likes par les pages anciennes qui ont un titre qui colle avec notre thème de page. On va fusionner ces pages pour obtenir rapidement de grosses masses de likes.

Qu’est-ce qui se passe donc dans ce cas là ?

Tu chopes une dizaine de pages à environ 100 000 fans, qui parle à un moment ou à un autre de bouffe, ou encore de trucs de filles pour illustrer l’exemple suivant.

Tu crées une page et tu l’appelles « Fraîches ».

Tu migres des pages dessus et tu obtiens ta page avec 1 700 000 fans « Fraîches by MinuteBuzz ».

Le JDN le dit mieux que moi dans son enquête :

Maxime Barbier assume la récente série de migration de ces pages dormantes vers « Fraîches ». « Ce sont des pages de mon réseau Poulette sur lesquelles je publie du contenu féminin depuis deux ans. C’est donc une audience affinitaire avec Fraîches et c’est pour ça que ça marche. » L’argument est valable pour certaines pages, moins pour d’autres, comme « Ton passé et ton futur » migrée vers Fraîches ou « Avoir un fou rire en pleine classe » migrée vers Social Shopping.

Voilà l’explication, pour info Maxime Barbier il n’est pas barbier, c’est le mec derrière MinuteBuzz.

Ceci étant dit, ils ont eu l’audace de devenir” un média 100 % social » et ne vivent plus de leur site internet. Je trouve cela très courageux de leur part, car niveau contenu il faut assurer quand tu as une vingtaine de personnes à faire manger à la fin du mois !

Mark Zuckerberg avec le corps de John Cena
Quand je paye la Creative Suite pour faire des trucs comme ça, je me dit que ce n’est pas de l’argent perdu !

2017 Tout s’arrête, Zuckerbeuuuuurg est dans la place !

On est en 2017 et c’est l’heure des comptes. Le reach Facebook est devenu la plus grosse blague de l’année.

Que se passe-t-il ? Pourquoi l’ami Marco veut-il défoncer les sites de buzz ?

Eh bien tout simplement c’est qu’il n’y a pas de place pour le spam de liens pourris sur Facebook et que l’achat / vente de pages est interdit par les CGU du réseau social.

Ton feed est complètement saturé, tu « aimes » plusieurs centaines de pages, de marques, de merde, de groupes de musique. Bref, c’est un fiasco dans tes likes et tu n’as jamais fait le tri, parce que comme moi « tu n’as pas le temps ».

L’algorithme est optimisé pour que tu voies les publications de tes amis désormais, et une quantité de contenu venant des pages moins importante.

Pour contrer ça, les bonnes pages (Topito ) font du bon contenu. Mais quand tu parles des nichons de Rihanna à longueur de journée, au final ton contenu, c’est d’la merde et ton reach ne vaut pas mieux.

Alors tu spammes, tu postes 20 liens par jour sur ta page Facebook pour essayer de racoler du monde sur ton site. Et c’est là que Marco pète un plomb.

Ta page qui initialement s’appelait « Crêpes Nutella » et que tu as renommée en « Green by Voyager Loin » (source JDN) essaye de tromper les internautes et de les envoyer sur ton site.

Tu achètes des pages qui appartiennent au final à Facebook et ça Marco, ça l’énerve au plus haut point.

En conclusion à tout ça

Beaucoup de gens qui faisaient réellement du bon contenu, sans acheter de pages, sans fusionner de pages se retrouvent complètement paralysés par les actions d’autres personnes un peu moins scrupuleuses.

Facebook va sûrement mettre un terme à beaucoup de sites que tu connais, en tout cas leur mettre du plomb dans l’aile avec des suppressions de pages.

Actuellement ce que je sais, c’est que Firerank est hors course puisque sa page a été supprimée, 6-Fun aussi et beaucoup d’autres vont suivre et pour certains auront une suppression totale, pour d’autres à mon avis on sera plus sur de la suppression de « pages en trop, pages achetées et fusionnées ».

Derrière tout ce micmac intergalactique la seule chose qui m’ennuie un peu c’est par exemple Minutebuzz qui fait vivre plusieurs dizaines de personnes grâce à ses contenus qui risquent de perdre une bonne partie de sa base de fans et donc directement de ses revenus. Et qui dit chute de revenus dit suppression d’emplois.

Bref, comme quoi encore une fois sois le maître de ta communauté, Facebook c’est bien, mais ça reste une plateforme extérieure sur laquelle tu n’as aucune décision et qui peut te mettre à la porte du jour au lendemain.

Un big up au JDN pour son enquête qui m’a donné envie d’éclaircir certains points, mais qui mérite vraiment d’être lue !

Ça t’a plu, tu as des infos à donner ? Tu bosses chez Buzzfil et tu ne supportes pas d’avoir été comparé à une merde ? Laisse un commentaire !

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  • PiRK

    Question bête, mais si j’avais créé une page bidon nommée “la choucroute” à une époque, parce qu’elle n’existait et j’avais envie que “machin aime la choucroute” apparaisse sur mon mur perso, est-ce qu’aujourd’hui cette page serait vendable ?

    Imaginons que sans rien faire j’ai accumulé 50000 fans qui ont voulu un jour comme moi déclarer qu’ils aiment “la choucroute”, combien vaudrait cette page ?